Gay Spleen
Trouvé sur un site de rencontres gay, l’annonce de Buzz, jeune marseillais : « J’ai décidé de changer cette annonce même si pas beaucoup de personnes la liront parce que ma vision de la vie en ce jour a changé. J’ai toujours pensé au mauvais côté des choses et j’ai toujours été triste par simple, pure et bête peur de souffrir alors que les plus belles choses arrivent lorsque l’on a en nous la force d’affronter cette peur. Je ne tiens ici aucune leçon ; il m’a fallu du temps pour réaliser que le bonheur était à portée de main et qu’il suffisait de tendre le bras pour le saisir. Les gars, je vous demande… » Je demande à l’auteur de finir sa phrase. Il me répond par un « Je veux tout » !
Il me prend donc l’envie d’endosser la robe que Macha Béranger m’a prêtée et d’écrire à Buzz.
Mon cher Buzz, serait-ce une tendance dans ta génération que de commencer sa vie d’adulte par un coup de déprime, en excitant la fibre masochiste qui ne demande qu’à jouer son rôle ? De quelle souffrance s’agit-il ? Celle du coup de bambou quant l’amant espéré t’éconduit ? Celle du deuil, passage obligé après une rupture ? Celle provoquée par le rejet des proches et par la contrainte d’avoir à vivre deux vies ? Celle d’être impuissant face à la connerie et la méchanceté ? Ou tout simplement, la timidité et la pudeur ? A ce compte, la souffrance est un lot commun. « Chacun sa croix » le plus hypocrite des proverbes ! Je m’insurge. Nos vies pourraient être autrement, si ce « tout » que tu désires comprend en premiers chefs, l’attention et le respect. Et de toi à moi, dans ce monde de brutes (les tapioles n’y échappant pas), ce ne sont pas les valeurs les plus courantes !
Si je comprends bien, tu décides d’affronter la peur - Buzz, tel Saint Michel affrontant la bête ! J’ai toujours pensé qu’une peur, cela se surmonte. Tendre le bras vers autrui, c’est comme plonger sans connaître la température de l’eau. On en crève d’envie. L’adrénaline fait son travail. N’aurais tu en fait pas peur de cela ? De l’autre avec son « tout », ses qualités, ses défauts, ses exigences, son passé ? N’aurais-tu pas peur de la confrontation de ton « tout » au sien ? Une histoire, cela se construit en concordances, avec des consensus et des concessions. C’est un remodelage des personnalités parce qu’elles influent l’une sur l’autre, parce l’harmonie s’échafaude avec des remises en question de chacun. C’est en effet une peur que celle d’affronter ses convictions, d’aménager ses exigences.
Le bonheur est un droit. Personne ne devrait à avoir à tendre le bras pour en jouir. Qu’est-ce que cette espèce capable de confisquer un tel droit ? Comment démanteler cette mécanique infernale qui produit de l’exclusion, de l’isolement ? Pourquoi l’égoïsme, la compétition, érigés en modèle ? Vois tu, mon cher Buzz de Marseille, avec toi, je suis prêt à… tout ! A me compromettre en philosophe à la petite semaine, en folle naïve, en donneur de leçon à deux balles, en grand frère débile, en vieux chnock en manque et qui se la pète…, en n’importe quoi ! Parce que ton annonce m’a inspiré de la tendresse ; un truc qui ne me fait pas peur ; j’en connais bien la température et la manière de la faire varier ! La tendresse, cela se partage de mille manières et la rédaction de ces lignes en est une.