Mon expo bientôt...
à Creil (Oise) à partir du 13 janvier ! Espace H. Matisse
Héliopolis quantique 2 - Aurélien Saut
Parenchymes 1 & 2 - Vincent Espagne
Texte de Jacques Espagne
Les travaux des deux auteurs, regardés indépendamment les un des autres paraissent éloignées. Mais, leurs propos vont pourtant se rejoindre. Dans les deux œuvres, il est question de chaos et d'ordre. Les réseaux, le mandala et des fétiches prennent une place importante. Dans les deux œuvres, il s’agit d’un rituel, dont la pratique est déclinée comme à des époques différentes.
Héliopolis quantique 2 de Aurélien Saut, raconte un voyage, de l’infini vers l’intérieur, du cosmos vers les profondeurs neuronales, une exploration de la psyché. Ce très court métrage est une deuxième version d’une production future, plus longue et interactive. Dans un rituel futuriste, en captant une énergie cosmique, un homme cherche à mettre de l’ordre dans son psychisme, à créer des passerelles entre son conscient et son inconscient. La traversée du mandala, forme universelle, est un point de passage incontournable, pourtant sans limite ni frontière, permettant un aller-retour entre la périphérie et le centre, entre le chaos et l’ordre.
Parenchymes 1 : une série d’œuvres sur papier en technique mixte de Vincent Espagne, accompagnée d’un texte de Jacques Espagne, révèle la vie chaotique d’un homme, ses doutes et ses interrogations, mais aussi ses plaisirs secrets. Sont-ce des traces de rêves ou celles de choses vécues ? Avec une obsession, celle des réseaux, des chaos qui n’en sont peut-être pas. Ce sont des révélations de voyages intérieurs que le narrateur (et le plasticien) pratiquent en rituel.
Parenchymes 2 : des fétiches, un autre rite : celui de la régulation des rêves (ou de cauchemars). Les parenchymes prennent du volume, deviennent des « ouvrages de dames », l’obsession du réseau se précise avec des nœuds, des entrelacs, des tresses, des poids…
Les travaux des deux artistes se rejoignent. Avec une volonté commune, ils s’imbriquent ; des images de Vincent Espagne viennent en contrepoint du film d’Aurélien Saut. Les fétiches de chacun des auteurs forment le panthéon d’une civilisation hypothétique dont on aurait trouvé quelque part des traces. En déambulant dans l’installation, on est invité à un voyage dans un seul ouvrage, passant du trait à la phrase, de la tache au mot, de la composition à la séquence… dans la conjugaison d’imaginaires, de références, explorée par quelques improbables archéologues ou historiens.
Première adresse de Jacques (le 13 décembre)
En plein phosphorage, ce qui n'est pas rien, mais continue à me faire éprouver des plaisirs très aigus. Reçu tout à l'heure ton gros pli, qui me fournit de nouveaux éléments graphiques et plastiques tout à fait réjouissants. En revanche je ne suis pas sûr que tu ne te sois pas trompé de destinataire en m'y joignant 25 pages sur Heidegger, Ludwig Feuerbach, Martin Heidegger, et autres QI de 160, au bas mot. L'urgence de te livrer mon texte m'interdit de les lire tout de suite. Dommage,j'aurais pu : en les parcourant hâtivement, j'y relève par exemple des choses comme, je recopie (page 3) : La plus ancienne, la racine véritable, est es, en sanscrit asus, la vie, le vivant, ce qui de soi et à partir de soi se tient, et va, et repose en soi : le subsistant-par-soi (eigenständing). C'est à quoi se rattachent en sanscrit les formations verbales esmi, esi, esti , asmi, et (ici quelques petits carrés qui doivent, me semble-t-il représenter des mots en alphabet grec que l'ordinateur a refusé d'imprimer) y correspondent en grec, esum et esse en latin. A la même racine appartiennent sunt en latin, sind (sont) et sein (être) en allemand. Un point digne de remarque est que, dans toutes les langues indo-européennes, le "est" (grec, quatre petits carrés, puis latin est, allemand istŠ) se maintient dès le début.
Je ne les ai as lues intégralement, et j'ai peut-être eu tort : cela m'aurait permis d'augmenter sérieusement mon bagage intellectuel ! (je viens tout en t'écrivant ce mail de tomber sur une phrase par hasard, dont je me dis avec un rien de nostalgie que si je tentais d'en faire un usage personnel, devrait m'apporter un utile surcroît de culture. Je te la recopie : Pourquoi Lacan rend-il hommage à Aristote ? Parce qu'il a su au sein d'un raisonnement qui prétend asseoir la logique de l'universel sur l'hupokeiménon "récupérer l'ousia par intervalle".
Diable ! On ne me dit jamais rien ! Peut-être avais-tu imprimé ces 25 pages pour ton usage personnel, ou pour les transmettre à quelqu'un à qui tu les avais promises. En revanche, et c'est la raison première de ce e-mail, tu ne m'as pas donné, ce que j'espérais, les précisions que j'attendais concernant la découverte de la boite contenant les mini-masques en corozo sculpté. Lieu (la région et la ville me suffiraient pour délirer, s'il le faut, sur les coordonnées, longitude et latitude, nature géologique du terrain, etc. Date de la découverte. identité du découvreur et influence de cette découverte sur sa vie, que sait-on ou qu'imagine-t-on de l'auteur des sculptures sur corozo, etc ; bref : de quoi "scénariser" (passé et présent). Tu vois le genre de choses qui font rêver.
Pour le reste, par exemple comment je suis en train de lier corozos, pièges à rêves (ça on en a déjà parlé). Quant à l'architecture futuriste idéale, je suis en train de concocter une espèce de théorie dingue : il pourrait s'agir d'une architecture "révélée" (qui n'existe peut-être plus nulle part aujourd'hui, mais que ses créateurs auraient conçue, il y a des millions d'années, avant même peut-être que l'homme soit apparu sur terre, mais néanmoins destinée aux êtres humains. Pas forcément tels qu'ils sont actuellement (physiquement, moralement, intellectuellement et socialement), mais tels qu'ils seront PEUT-ETRE, s'ils sont eux-mêmes capables de s'en donner l'occasion, la chance) et ces plans "révélés" à Aurélien (via "les rêves" ?) devraient permettre d'entrevoir justement comment sera la race humaine (entre autres à travers ce qui serait leur urbanisme, leur architecture) si elle ne s'auto-détruit pas auparavant ! Bon, comme tu le vois, je m'agite les cellules grises, les alimentant aux Côtes du Rhône (mais avec modération) comme à l'accoutumée.
Deuxième adresse de Jacques (le 18 décembre) :
Je prends un vif (le mot est faible) plaisir à délirer. Tu vas peut-être te demander où tout ça va nous conduire. Moi aussi Non, c'est faux : j'ai une ligne de "conduite" assez précise. Je t'en donne la clef principale :
Quand j'aurai assez joué le scepticisme pur et dur (hommage tacite à Onfray), je vais, ayant achevé de nier tacitement toute métaphysique, tout "univers parallèle", faire comprendre que ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, et surtout dans l'artiste, c'est justement la capacité qu'il a à inventer des choses, un monde, une réalité plus improbable, plus folle, allant mille fois plus loin que ce que l'on vient de démolir. Exemple : je démolis avec jubilation qu'il existe "des courants", des "messages", des "rayonnements métaphysiques" qui circulent dans le cosmos, qui nous parviennent de façon énigmatique, que certains de nous sont aptes à recevoir, etc. Mais en revanche, ce qui me fascine et m'inspire, c'est que l'homme ait la capacité à les inventer (comme une création abstraite, littéraire, jubilatoire) que l'artiste soit en mesure d'en donner une image plus réelle que la réalité. En quelque sorte, que, autant et même plus que le rire, le délire est le propre de l'homme. Quitte, si l'on veut rendre ces délires encore plus crédibles, encore plus fugitivement assimilables à la réalité, à "faire semblant d'y croire" en les réalisant matériellement et en les expliquant le plus sérieusement, je dira même "le pus doctement" possible. Par comparaison, je dirai que l'artiste actuel doit, nous faire croire à la réalité de son imagination comme Orson Welles l'a fait à la radio avec son attaque des Martiens.