Bô film !
Vu hier un objet cinématographique étrange : Un ano sin amor. Etrange à plus d’un titre. D’abord, c’est un film de mecs réalisé par une femme, Anahi Berneru et que les deux femmes qui y tiennent des seconds rôles sont insupportables : une infirmière sèche comme un coup de trique (et Pablo les préfère quant ils sont administrés par des hommes) et la tante du héros, pas assez folle pour être sympathique mais juste ce qu’il faut pour que l’on ai envie de lui écraser le tronche à coups de talon. Ensuite, il y à l’ambiguïté des plans tournés dans des bars cuirs, lumière glauque, gros plans sur des peaux, sons précis… Ce ne peuvent être des comédiens, ou alors les simulations sont parfaites. Il y a quelque chose de militant dans ce film. Un personnage à la Hervé Guibert, Pablo, séropositif ordinaire, se bat avec les moyens qui sont les siens contre la maladie qui s’installe. Les interrogations sont multiples. Entre autre : à quoi bon prendre de l’AZT ? Le film n’est pas « un peu bancal et poisseux » (Libé 15/04/06) mais furieusement tendance !

Juan Minujin (à qui il manque, à mon goût, un peu de fesse), ne joue pas, il vit l’histoire comme si elle était sienne ; à la manière des sujets de Nan Goldin ou Wolfang Thielmans. Un film minimaliste sans effets spéciaux et autres truquages, vert, cru, pas d’enrobage, ni de suggestions prudes, un plan média très ciblé. Etrange enfin, parce qu’il est border line, à la limite de la bascule dans le mauvais goût, du ratage d’un docu-fiction quant il n’y a pas les moyens. Une fois habitué à ce manque, on entre dans la vie de Pablo et on voudrait qu’elle ne s’arrête jamais. Et il n’y a pas de fin au film ! Pour poursuivre, il suffit d’aller trouver rue Keller un PD, séropo, SM, un peu poète et écrivain, bon comme du pain blanc, courageux et sincère, une homme probable et qui cherche à ce que l’on fasse attention à lui avant qu’il meure. Un ano sin amor rend un très bel hommage à tous ceux qui en sont passé par là.

Le même avec Javier van De Couter, interprétant Martin.