Un paysage européen

Publié le par Vincent Espagne

Quant Ch. Tricoit, me propose le projet début 2004, je frétille de bonheur (qu’elle en soit ici remerciée). C’est peut-être la plus jolie collaboration de ma carrière. Un projet totalement dégagé de velléités mercantiles, un projet de citoyenneté active, intergénérationnel. Un projet qui doit mobiliser beaucoup de monde et faire boule de neige. Un projet qui milite pour l’émergence de la citoyenneté européenne. Dès nos premiers échanges, nous dégageons un thème : frontière(s). Celles-ci sont trop nombreuses, certaines sont indispensables, mais beaucoup sont absurdes. Comptons en frontières, les géographiques et les politiques, celles des quartiers, des communes, des départements, des régions, celles des langues et des usages, celles des milieux, le familial, la bande, le clan, l’entreprise, les frontières naturelles, la peau, les muqueuses, les mers et les océans, les frontières indispensables qui garantissent l’intégrité de la personne celles de l’inconscient et de l’intimité… ; la frontière entre la réalité et le virtuel ; les frontières étanches, celles qui ne le sont pas, les frontières imposées, les murs de la prison, ceux de l’asile, les murailles érigées et les barbelés installés ici et là - ceux de Palestine sont une ignominie…

Dans le même temps, nous faisons le constat d’une dépression sociale grandissante, particulièrement dans la jeune génération (les évènements de novembre dernier dans les quartiers en était une expression violente parce que radicale), nos rencontres avec des jeunes en errance sont de plus en plus nombreuses ; des garçons et filles sans vraiment de repères (voir ci-dessous « L. en pleine détresse »), demandeurs et blasés à la fois, qui prennent l’incertitude de leur devenir en pleine gueule avec pour préparation des discours lénifiants, prônant la compétitivité et la performance comme objectifs ultimes. Une société qui n’offre rien à sa jeunesse est une société en pleine décadence ! Et construire l’Europe dans un tel contexte est un formidable gâchis, avec son lot de laissés pour compte et dans une formidable gabegie !

Que pouvons-nous faire à notre modeste niveau, celui d’une association ? Sinon ouvrir un espace de dialogue et de création. Pendant l’année scolaire 2004/2005, des collégiens de Seine-Saint-Denis et de Hambourg en Allemagne ont participé à des ateliers d’écritures et d’arts plastiques. Les jeunes étaient invités à contribuer à la réalisation d’un n° dédié au projet de la revue. Rien de tel pour l’émancipation que de voir son travail aboutir en objets rendus publics : un livre et un site Internet. Ce projet continue et élargit ses échanges de savoirs, ses initiations aux techniques de communication, traditionnelles et numériques, son aboutissement en ouvrage collectif mêlant les travaux d’adolescents et d’adultes avec une préoccupation majeure : les frontières font peur, il y en a trop ! C’est ensemble que nous pouvons les abattre et construire une Europe des solidarités.

http://paysage-europeen.passagedencres.org

 

 

 

 

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Publié dans Productions

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