Encore un crétin, celui qui déclarait, à propos d’une proposition (de députés de l'UMP !) d’une taxe de 1 centime d’euro sur les vêtements neufs et reversée aux associations qui œuvrent pour l’insertion des personnes les plus démunies, ce monsieur déclare : « Comme toutes les taxes, celle-ci va augmenter d’année en année sans régler le problème. Pourquoi ne pas plutôt favoriser le mécénat qui donne d’excellents résultats ? De surcroît, ce projet va fonctionnariser la réinsertion. » (in Libération du 15 décembre 2005)
En fait ce monsieur ne supporte pas l’idée qu’1 centime échappe aux actionnaires des sociétés dont il est le porte parole. La différence entre une taxe et le mécénat réside dans le fait que ce dernier est soumis au bon vouloir des patrons. Le crétin du jour refuse d’admettre que c’est précisément le rôle de l’Etat de prévoir les procédures d’insertion. Il préfère les emplois précaires avec des salaires de misère, les ateliers clandestins, les usines en Extrême-Orient où les femmes sont enchaînées à leur machine. Il ne conçoit pas la solidarité comme une obligation. Il devrait lire la lettre que des élèves d’un lycée professionnel de Colombes viennent d’adresser au président de la République (Libération du même jour). Non, ce n'est pas un crétin (un vrai), c’est un vampire ! Est-il digne de la citoyenneté ?
... ne soit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas
Gilles Chatelet in « Résister – Vivre la mémoire » Paris 1974
Que veulent donc les Chiennes, se demande l’opinion, toujours un peu débonnaire, toujours un peu agacée. Ah ! oui !... Elles veulent exister… Elles veulent transmettre quelque chose… Elles veulent se confectionner leur petite Shoah…
Rassurons tout de suite les dames sondeuses de l’INSEE et les certifiés répéteurs en sociologie : les Chiennes n’ont rien à transmettre de père en fils et ne prétendent pas réclamer de « traditions culturelles ancestrales » comme de vulgaire chasseurs de palombes. La République des Chiennes n’est ni une entité biologique, ni une nation de pathologies psychologiques (une association d’enfants de parents divorcés) ou de bizarreries génériques ou physico-chimiques (si certains d’entre nous apprécient la chimie, c’est pour jongler avec nos perceptions…)
Serions-nous une tranche d’âge ? Serions-nous des 18-25 ans, des 25-49 ans ? Encore moins ! Le regard et la tronche de Jean Genet ou William Burroughs – nés dans les années 20 – feraient pâlir d’envie beaucoup de grands dadais de la génération Yoplait.
Céline disait très bien que « le cul est la revanche du pauvre ». C’est aussi la botte secrète de la République des Chiennes contre la tyrannie du juridico-statistique. Bien sûr, il faut des Etats de droits, des C.U.C., et rendre à Badinter ce qui à Badinter, mais il faut aussi rendre à la Folle Tordue ce qui est à la Folle Tordue. Car la Folle Tourdue est et sera toujours plus politique que toutes les papesses de la communication. Avec quelques frous-frous, la Folle Tordue peut incendier une salle ou une génération.
La vérité du politique, c’est la capacité à casser les briques de la routine, à faire entendre une nouvelle harmonique. La vraie politique a montré le nez lorsque la Folle Tordue, toujours souillée, méprisée, raillée est partie à la conquête du monde pour annoncer la Bonne Nouvelle : « Ce que Kenneth Anger a osé à San-Diego, ce que Genet a osé à Hambourg, des dizaines de millions de Chiennes peuvent le faire aussi. Le temps est venu de la résurrection des corps ».
Une poignée de Folles Tordues avaient réussi un miracle : donner du swing à la Classe Moyenne Mondiale, et transformer son troupeau de brebis - pucelles et de louveteaux - puceaux en joyeux barbares, en agiles soldats du plaisir.
Que reste-t-il des Chiennes, des crétin - politiciens cyniques et grassouillets du début des années 70 ? Bien peu de choses… mais beaucoup se souviennent de nos Folles Tordues locales, de nos Gazolines, de ces Chiennes élégantes et libres, qui savaient, avant tout le monde, qu’une petite lingerie sur une croupe de beau gars peut changer le monde comme le nez de Cléopâtre.
Nous, les Chiennes, ne sommes pas nostalgiques. Nous marchons la tête haute, avec les puissances de l’Eveil. La Moyenne nous haït souvent et c’est notre honneur : nous n’existons pas en tremblant de ne pas ressembler aux autres. Nous sommes les vrais écologistes : nous ne prenons pas notre plaisir à proliférer comme des lapins, notre sexualité échappe à toute fonction – ce qui désespère souvent les curés, les rabbins, les pasteurs ou les natalistes. Nous ne sommes pas un troupeau agenouillé pour croire. Nous ne sommes ni de la chair à canon pour militaires ; ni de la chair à bon choix pour les politiciens.
Nous ne sommes pas une espèce sexuelle particulière. Nous sommes carboniques et métalliques (comme l’acier, implacable et fragile… copulation du fer et du diamant). Personne ne nous fera choir dans les manuels de sociologie. Nous ne sommes pas homosociaux, nous sommes les vrais païens : nous propageons nos descentes de reins, nos crinières, nos gestes amicaux. Nous aimons les aigles et les lions, mais nous savons pleurer l’âne qui meurt sous les coups.
Nous hantons les Raves, les parties fines et les bals du 14 juillet. Nous aimons les gueules populaires et les silhouettes aristocratiques. Nos slogans tam-tament le monde parce qu’ils y vont de notre peau, de nos regards, de nos hanches et de nos clins d’œil. Nous sommes la multitude des bouches à oreille, nous savons mettre la politique à portée de voix ou d’amour. Nous ensorcelons l’Universel dans le Singulier, la Grande Dimension dans la Petite. Nous haïssons la Moyenne populacière qui applaudit lorsque Cinq-Mars est décapité, celle qui aime voir empaler ceux qui risquent ce qu’elle n’osera jamais.
Depuis quinze ans, la Moyenne ricane : « Fini de rire les Chiennes ! Voici venu le Temps du Repentir. Sortez vos fouets ! Mais cette fois, c’est pour de vrai ! C’est pour faire pénitence… » Elle accompagne l’abject Carnaval de la Misère, de la Misère et de la Loi du Grand Marché Mondial.
Mais les Chiennes ont du cran. Elles ressortent toujours des poubelles de l’Histoire qui regorgent de leurs génies et de leurs martyrs. Salut à toi Oscar Wilde ! Salut à toi Alan Turing, qui a brisé les cordes de la machine nazie ! Salut à vous Michel Foucault, Copi, Guy Hocquenghem qui ont désobéi aux tumeurs, aux sarcomes, aux bacilles en écrivant jusqu’au bout !
La Mémoire des Chiennes ne reste jamais coincée dans les tombeaux. Elle aime prendre feu. C’est une braise agile qui peut embraser la plaine lorsque les blonds épis sont mûrs. La République des Chiennes ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.
Vers un deuxième acte ?
Au printemps 1994, nous nous retrouvons rue Sedaine à une quinzaine. Certains ont travaillé longtemps dans ses locaux, d’autres aujourd’hui y militent. Les plus anciens se souviennent des assemblées générales du FHAR dans le préfabriqué de l’Ecole des beaux arts, François montre des photographies des premiers défilés. Sur ses images, on en reconnaît beaucoup. Certains sont morts, d’autres, on n’a aucune nouvelle… Les séances du groupe sont graves. L’appel vient des plus jeunes. Leur génération fait fasse au sida, la précédente avait du rendre visible la différence. L’homosexualité devient un vecteur marchand et c’est par celui là même que se propage le plus facilement le virus. Les homosexuel(e)s s’organisent en une myriade d’associations et un « centre » tente de les fédérer. On dépose des logos, des titres de presse. Radio Fil rose devient FG...
Les startellettes en piste ! En quelques mois de préparation de l’acte 1, (pas grand-chose : une exposition à Paris puis à Amsterdam en juin, une brochure), je réalise combien la tâche peut être difficile. A la question : qui détient les fonds, les épaules se rentrent, les rancoeurs émergent… Avec tout son art, Audrey nous obtient quelques planches que Frank Arnal avait crées en 1979. Le problème, c’est que le projet d’un centre d’archives et de documentations existe dans les têtes depuis quelques années. J’en avais déjà entendu parler dans les anciens locaux du CGL à quelques mètres du Dupleix ! Pendant toutes ces années d’agitation égocentrée (à Pablo, à Jean : n’avez-vous pas le sentiment d’un immense gâchis ?), rien ne s’est fait et rien n’est fait encore, sinon un dossier quelque part dans un bureau du cabinet du maire de Paris. L’institutionnalisation avant l’existence de l’établissement : en voilà une avancée ! Que sont devenues les archives de Guy Hockeinghem, celles de Michel Cressole, celles de Gilles Chatelet ? J’apprends que celles de Gay Pied (ou du moins ce qu’il en reste) sèchent dans des cartons quelque part dans Paris, (propriété d’un organe de presse ?)
Confisquer la mémoire, c’est entretenir la discrimination.
Depuis, c’est sans cesse que des garçons découvrent avec stupeur dans ma bibliothèque « 3 milliards de pervers - Grande encyclopédie des homosexualités » (1973) et demandent à entendre mon témoignage, un petit bout d’histoire, désir très important puisqu’elle les concerne en premier chef. Et je réalise à chaque fois combien la confiscation de la mémoire est un acte plus qu’inconsidéré ! Ne pas faire vivre la mémoire, la rendre visible, c’est la bafouer. C’est pratiquer une discrimination entre ceux qui savent, ceux qui détiennent et ceux qui doivent savoir. C’est entretenir la suspicion, voire la honte. C’est jouer de la spéculation sur un patrimoine collectif.
Aujourd’hui, combien d’entreprises citoyennes font vivre la mémoire ? CKG – à Lille (http://www.gaykitschcamp.com/) et celle de Hoang à Vitry sur Seine (http://www.archiveshomo.info/), bientôt une à Lyon. Des structures, non pas rivales mais complémentaires avec leur dynamique propre. Tout cela devrait être immédiatement, de manière permanente et directement visible. Il s’agit de témoigner des résistances, des luttes, de faire vivre une culture, ou du moins de tenter la démonstration qu’il en existe une. C’est rendre visibles les immenses influences, les apports intellectuels et sociaux, l’histoire d’une communauté qui n’en est pas vraiment une.
Mais quelle importance à vouloir faire vivre la mémoire, dès lors que D. (25 ans), revendique le droit à l’indifférence et qu’il réfute la folle attitude qui, pourtant, le caractérise ? Je ne peux m’empêcher de lui rappeler ce que les acquis qui sont les siens aujourd’hui le sont parce qu’avant lui, des folles se sont battue pour les obtenir. Il n’était question ni de droit à la différence ou à l’indifférence, mais de celui à l’existence. Puis, en quelques années, le sida a transformé nos organisations naissantes. Que sont devenus les mémoires de nos pairs, de nos amants disparus ? Certes, « Les homosexuel(e)s se reproduisent de bouche à oreille » (Place Saint Ravy, Montpellier, 1980)… En 2005, on pend les homosexuels à quelques heures d’avion d’ici… En ces temps de retour de l’ordre moral, le texte/manifeste de Gilles Chatelet « La République des chiennes ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas » (voir ci-joint) est toujours de vigueur. Pour résister, faire vivre la mémoire. Vers un deuxième acte ?
2006, mauvaise année pour les obèses (Haro sur la graisse, celle qui enrobe un enfant sur six aux Etats-Unis !) et pour les Sans-papiers.
Croisé H. marocain, devant la boulangerie. Lui : « Bonne année ». Moi : « Merci, à toi aussi. Ca va ?... », « … Cela fait cinq ans que je suis en France… » « Tu travailles ? » « Oui ». Dans quelques jours, j’accompagnerai K, algérien. à la Préfecture. Il est installé ici depuis 12 ans, vit en couple, travaille quant il peut, fils unique, ses parents sont aussi ici, retraités… Je dois voir aussi R. de Centre-Afrique. Son fils, tout juste majeur est français. Sa fille est handicapée (une mine lui a fauchée une jambe). Le père de ses enfants a abandonné le foyer, il y a quelques années. Quels sont les devenirs de H. de K., de R. avec les dispositions que le gouvernement s’apprête à prendre ? Va-t-on diligenter massivement les représentants de l’ordre pour vider les hôtels, les ateliers clandestins, les chantiers, les squats… ? Une chose est sûre, les préfets sont invités à faire du chiffre… La machine à expulsion va tourner à plein régime, l’occupant de la Place Beauvau est en campagne !
Trouvé cette jolie chanson dans le superbe DVD :
Fantaisie héroïque – Juliette au Grand Rex
Universal, Big Eyes Production – http://www.bigeyesprod.com.
Cette grande dame de la chanson aurait voulu rendre hommage à Jean Genet
qu’elle ne s’y serait pas prise autrement.
Les garçons de mon quartier
Ils ont le regard dur dans leurs grands yeux de faon
Une arme à la ceinture et des gestes d’enfant
Ils portent le maillot de leur joueur préféré
Et tatoué sur la peau un Christ ensanglanté
Nuit et jour en maraude, ils vivent de fumée
t de diverses fraudes, les garçons de mon quartier
Et moi, je veux prier, la main dans nos yeux fermés
Impassible sous les fleurs et sous son voile de douleur
Oh, Saint Vierge des tueurs, j’aime à croire que tes pleurs
Sont pour tes fils abandonnés, les garçons de mon quartier
Ils portent le prénom d’acteurs américains
S’il suffisait d’un nom pour changer le destin
Mais Nelson ou Bryan prendront à la sauvette,
Ivres de Marie-jeanne, une balle dans la tête
S’ils disent que demain est un mot inventé
C’est qu’ils n’espèrent rien, les garçons de mon quartier
Et moi, je vais prier, la main aux yeux fermés
Impassible sous les fleurs et sous son voile de douleur
Oh Saint Vierge des tueurs, j’aime à croire que tes pleurs
Sont pour tes fils abandonnés, les garçons de mon quartier
Parmi eux, j’en aime un, un ange de beauté
On dirait un gamin, s’il n’était dévoyé
Trafiquant et sicaire et parfois prostitué
Je ne donne pas cher de sa peau adorée
Alors je serais veuve avant d’être mariée
C’est là la triste épreuve des filles de mon quartier
A quoi bon te prier, belle madone au cœur fer
Impassible sous les fleurs et sous ton voile de douleu
Oh Sainte Vierge des pleurs, combien faut-il qu’il en meure
Pour que tu daignes regarder les garçons de mon quartier
Oh Sainte Vierge des tueurs, verse un peu de douceur
Sur les cadavres jeunes et beaux de los chicos de mi bario
Reçu ça de ma sœur : "A tous ceux et celles qui pensent encore être jeunes, et bien « Non ! ». Beaucoup d'étudiants qui sont entrés cette année (2005/2006) à l'université sont nés en 87 (l'année de la mort de Coluche). Ils n'ont jamais chanté « We are the world, we are the children » ou "Ca,c'est vraiment toi" ni entendu parlé du smurf. Pour eux, le sida et le chômage ont toujours existé. Les Twix ne se sont jamais appelés Raiders (2 doigts coupe-faim) et les M&Ms ne se sont jamais appelés Treets (fond dans la bouche pas dans la main). Et ils ne sont pas au courant du licenciement abusif de Grosquik à cause de son embonpoint remplacé par un ridicule lapin sur les paquets de Nesquik. Et ils n'ont jamais joué à la console Atari, au Commodore 64, au CPC6128 d'Amstrad. Ils ne connaissent même pas Pac Man. Ils n'ont jamais vu de disquettes 5 pouces 1/4. Ils te rient au nez quand tu leur dis que les premiers PC n'avaient pas de disque dur et que les écrans n'avaient qu'une couleur. Le CD est apparu quand ils avaient à peine 1 an et ils n'ont jamais eu de 45 tours de Chantal Goya ou de mange-disques. Ils ne savent pas ce que c'est que d'écouter la radio à grandes ondes, ignorent comment étaient les anciens téléviseurs et ne peuvent pas expliquer comment on faisait sans télécommande et comment on pouvait regarder la TV en noir et blanc. Ils n'ont jamais vu de mire sur un écran télévision ! Ils ignorent totalement qui est Candy, le Prince d'Euphor et même le danger que représente un Golgoth. Ils croient que James Bond a toujours été Pierce Brosnan, ils ne pensent pas aux dents de la mer quand ils se baignent. Ils croient que les pattes d'éph' sont une invention des années 2000 et que le téléphone avec fil est un objet de science fiction, que le minitel est seulement un objet de déco rétro. Pour eux les patins à roulettes ont toujours eu des roues alignées. Mickaël Jackson a toujours été blanc. Ils ne te croient pas quand tu leur dis que Yannick Noah a été un joueur de tennis avant et qu'il a gagné Roland Garros 3 ans avant leur naissance. Ils ignorent que Fonzie est le mec le plus cool de la Terre. Ils savent que Giscard est un ex mais un ex quoi ? Ils se foutent littéralement de ta gueule quand tu leur expliques, pendant qu'ils jouent à la Playstation 2, que tu t'amusais autant avec ton Télécran. Alors dis-toi que ces gens qui sont rentrés à l'université cette année... ce sont eux les jeunes maintenant ! Voici quelques symptômes de ton vieillissement :
Tu comprends le texte ci-dessus et tu souris en te disant « Putain de merde, mais c'est vrai en plus ». Tu te rends compte quand tu lis les journaux qu'une bonne partie des gens du show-biz sont plus jeunes que toi. Tu as parfois mal au dos et tu as des remèdes dans ta table de chevet ou dans le tiroir de ton bureau pour maux de tête, maux d'estomac... Les enfants te disent maintenant "Madame " ou "Monsieur" et te vouvoient. T'es obligé(e) de ranger ton linge toi-même. Pas mal de tes amis sont mariés et ont même un ou plusieurs gosses. Tu ne vas pratiquement plus au Mac Do. Tu penses que le France-Allemagne du mondial 82 a été beaucoup plus marquant que la victoire de 98 (si tu es de sexe masculin, parce que sinon tu n’as pas trop d'avis sur la question). Tu vas à la plage mais tu peux passer toute la journée sans te baigner. Si tu vas te baigner, tu penses toujours à rentrer ton ventre. Tu trouves qu'on offre vraiment beaucoup de cadeaux aux enfants aujourd'hui par rapport à ce que t'avais à l'époque. Tu as besoin d'une journée entière pour te remettre d'une soirée bien arrosée (si si, avoue-le). Après avoir lu cet e-mail, tu décides de l'envoyer à d'autres vieux amis en te disant qu'il n'y a pas de raison qu'ils n'aient pas aussi une petite déprime comme toi, en pensant au temps qui passe. »
Voilà, les quadras qui approchent les 50 s’envoient des vacheries en guise de carte de vœux. J’ai envie de rectifier quelques inexactitudes. J’espère que les jeunes savent que Noah était un formidable joueur de tennis et qu’ils ont conscience qu’il est devenu un mauvais artiste ! Je pense qu’ils savent aussi que le minitel est l’ancêtre du net, et que si aujourd’hui, nous sommes, toutes générations confondues, des millions à « chater », à draguer avec les mêmes usages, les mêmes codes, les mêmes abréviations, c’est que nous étions quelques centaines à le faire sur le minitel. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que cela nous coûtait une fortune. Les marques de mon vieillissement ne sont pas dans ce décalage qui paraît si important aux vieux. Défaillance de la mémoire, sommeil en dents de scie, susceptibilité grandissante envers la vulgarité et la banalité et, paradoxe, curiosité de tous, insatisfaction permanente à force de ne pas en savoir assez. La jeunesse et ses interrogations, ses doutes, avec ses interpellations, certes parfois violentes, me renforce de mon engagement à œuvrer pour un monde meilleur. Je le dis souvent. Je n’ai pas d’enfant et après tout, je ne pourrais vivre que pour moi-même, mais j’enrage de laisser à mes nièces et neveux un monde en pleine déliquescence. Assez de ces compétitions permanentes, de cette culture du plus fort et du gagnant. Etre jeune aujourd’hui, c’est vivre les premières heures de cette mutation sociétale : l’avènement des NTIC, celui de l’aller-retour à New York dans le week-end... Jeune, j’étais témoin de l’aube d’une nouvelle ère, et brûlait d’envie de vivre ses premières heures. C’est chose faite ! Est-ce important de se souvenir des smarties et des roudoudous ? J’entretiens plutôt celui des bagarres qui furent les nôtres pour que la jeunesse d’aujourd’hui sache, qu’avant le chômage et le sida, il y eut et il y a encore, le racisme, la xénophobie, l’homophobie… Je me souviens des bidonvilles aux portes de Paris, je me souviens de la première classe dans le métro, je me souviens des premiers pas sur la lune…
Voilà quelques une de mes recettes (à cumuler) pour rester jeune : ne jamais arrêter de fumer des pétards. Alterner rap et lieds, R’n B’ et musique baroque. Porter du RG et du Home Core. Faire au minimum une grasse matinée par semaine et une nuit blanche par trimestre. Porter des badges. Proposer à ses voisins dans le métro des fraises Tagada… Quant aux jeunes, qu’ont-ils de plus que les vieux ? Pas grand-chose, de la discrimination, une loi dite de « l’égalité des chances » qui devrait les mettre au boulot à 14 ans, un apartheid social (surtout s’ils sont issus des banlieues), plus de répression…
Sébastien a lancé son enquête mais, vu le nombre de commentaire, cela n’a pas l’air d’intéresser grand monde (http://spaces.msn.com/members/sebcbien170180/). En fait de monde, c’est le chacun pour soi. J’en veux pour preuve la lecture de mes blogs préférés. Je ne vais pas faire une généralité, mais il me semble que l’accumulation de ces témoignages révèle une épidémie de dépression affective. Ou alors aurais-je une propension à me diriger que vers les pages qui font état d’errances, de quêtes, de tentatives, de ratages, de doutes ? Quant c’est joliment écrit et que l’auteur ne se la pète pas, ces petites chroniques de pédés contemporains sont pourtant agréables à lire. Ainsi vont nos vies ! Là où vient l’effet, c’est quant un de mes lecteurs me trouve « vieux monsieur » ! Voilà le sens de nos blogs : un démultiplicateur/accumulateur de miroirs. Efficace ! On ne peut pas tricher avec un blog. Je suis en train de vieillir, d’étaler ma science, de me raccrocher aux branches, de sauver les meubles, de faire avec ce qu’il y a...
Peut-être que si Sébastien avait été blonde les choses se passeraient différemment pour lui ! Ce qui me différencie de lui aujourd’hui, c’est que je ne me pose plus la question en ses termes mais plutôt en « Que faire pour être encore désirable ? Rester jeune ? ».
Au-delà de la dépression affective… la dépression sociale. Parce qu’en fait, c’est surtout celle-là qui me préoccupe. Des indicateurs rougissent. Jeunesse en colère, enseignants en colère, salariés en colère, et tous ces gens que je croise chaque jour et qui manifestement n’ont pas l’air heureux... M Barroso, président de la Commission européenne se demande si « le pays de Molière ne déderait pas à la tentation du malade imaginaire » ! Que connaît-il de nos quartiers, de nos foyers ? Sait-il que des millions de nos concitoyens vivent en dessous du seuil de la pauvreté ? Sait-il que les discriminations de toutes sortes sont courantes. Dans ce pays, il ne faut pas être jeune, immigré, homosexuels, séropositif, handicapé, femmes… Le modèle en vigueur : la boboïsation, le couple tranquille, la classe moyenne écologiquement responsable, celle qui ne coûte pas cher en prestations sociales, celle qui peut choisir entre écoles privée et publique, celle qui accepte comme une fatalité la précarisation et la pauvreté grandissante, qui ne râle pas ou si peu, celle qui vote mou… Décidément, je n’aime pas mon milieu, ni ma génération !
Fred – Alias Mr Big est dans ses nouveaux murs. Il reprend le clavier. Il me manquait ! Comme cadeau de retour, un effroyable aveu : Fred ne pense qu’à la bague au doigt ! (http://spaces.msn.com/members/MRBIG007/ - May Me 25 janvier). Et se différencie d’une majorité qui serait « à ce point allergiques à toutes formes d'engagements ». Mais alors là, jeune homme, vous vous trompez totalement. J’en veux pour preuve l’acharnement des gays et des lesbiennes à vouloir singer les hétéros avec des PACS, des mariages, des droits à l’adoption, à faire des enfants… Chez les gays, il y a de tout, des en couples - ça va vient, des en couples stables et fidèles, des en couples stables – avec on va voir ailleurs de temps en temps, ou on en amène un troisième pour changer un peu, des célibataires qui y tiennent, des célibataires en espérance de couple, des qui s’en foutent, des qui ne peuvent pas… Je n’ai rien contre l’institution du couple, dès lors que des droits y sont afférents. Mais alors, il devrait aussi y avoir des droits pour les célibataires. C’est vrai, c’est tellement plus facile de faire son outing familial en présentant sa moitié, de négocier un crédit à la banque quant on cumule deux salaires… Pour nous les célibataires, macache ! Aucun avantage à la SNCF, ni chez les assureurs, le maximum d’impôt… Ce que je partage avec Fred, c’est l’effet de la formule « Je t’aime » dans le creux de l’oreille. Alors là j’en redemande du couple ! Une chose est certaine en ce qui me concerne, après chacun de mes couples, j’en suis sorti certes grandi, mais plus exigent encore dans la qualité du « Je t’aime ». Sincérité, confiance, réciprocité sont des choses tellement fragiles et précieuses de nos jours.
Mon cher Fred, ramener le couple à « une vraie vie d’adulte responsable » est un raccourci. Le couple, c’est une responsabilité partagée par deux adultes consentants et déjà responsables. Heureusement que la vraie vie n’est pas qu’en couple. Sinon tous les célibataires n’ont pas de vraie vie ! Mais une fausse ? Celle précisément faite d’aspirations, d’utopies, de rêves, de navigations dans des espaces virtuels, de consommations compulsives, de dépressions à répétitions… Fred, je te rassure, il existe un très grand nombre de célibataires qui ont une vraie vie, avec une famille active, des engagements citoyens, des passions… Pour ceux là, être en couple serait la cerise sur le gâteau qu’est la Vie. Dans cette société décadente et excluante, j’ai une exigence plus urgente pour moi-même que d’être en couple, celle de me préoccuper de ceux que j’aime et qui me sont proches dès lors qu’ils ou elles souffrent et, hélas, ils sont de plus en plus nombreux ! Ce n’est pas un pis aller, mais une nécessité. C’est, je pense, dans cette dynamique que je rencontrerais peut-être une nouvelle fois celui avec qui je croquerais la cerise. Sinon, que ferais-je de cette charge affective ? En couple, il faudrait que l’autre accepte le partage ! Souhaitons à Mr Big de trouver très vite sa moitié, il a un besoin immense de tendresse !
Trente minutes avant la séance, j’hésitais. Mais dès les premières images, les canaux lacrymaux enflent de liqueur salée, puis vient cette sensation délicieuse du poids qui vous enfonce dans le fauteuil : une perle de générosité que ce Camera Kid – Born into Brothels de Ross Kaufmann et Zana Briski. « Tante Zana », avec une patience infinie et une détermination sans borne, initie huit enfants à la photographie. L’environnement est glauque, une concentration de misère, de violence : Sonagochi un quartier de bordels à Calcutta. Les mômes sont filles et fils de prostitués. Leurs mères, leurs tantes, leurs sœurs travaillent sous leurs yeux. L’histoire : une recette étrange pour éviter à quelques gamins et gamines la destinée la plus sombre. Quelques appareils photographique, les cours de Tante Zana, beaucoup de paroles échangées, apprendre à exercer un regard critique sur ses images, raisonner... Ils et elles se font petit à petit à l’idée qu’un monde meilleur leur est possible. Tante Zana fait tout pour les scolariser en pension, convaincre les directions, les mères, les grands-mères, les tantes, obtenir les papiers… Un talent immense se révèle, celui de Avijit. La mayonnaise prend lentement, mais à chaque instant, tout peut basculer. Zana découvre qu’un enfant séropositif ne peut pas accéder à ces écoles. Chacun des enfants se soumet au test… La mère de Avijit est brûlée vive par son proxénète… Invité au World Press Photo à Amsterdam, Zana n’arrive pas à obtenir son passeport… On sait aujourd’hui qu’il étudie dans une prestigieuse école près de New York. Ses études sont payées par la vente de ses propres images ! (Big happy end for him !). Cette projection est un des moments cinématographiques les plus émouvants dans ma vie de cinéphile !
Caméra Kids devrait être édité en DVD -Surveiller http://www.camerakids.fr/ . Les images des enfants sont vendues pour payer leurs études (en France, Galerie Agnès B.). Une ONG poursuit l’action initiée Zana Briski. D'autres images des enfants sont sur le site de l'association : http://www.camerakids.fr/.
Vu hier un objet cinématographique étrange : Un ano sin amor. Etrange à plus d’un titre. D’abord, c’est un film de mecs réalisé par une femme, Anahi Berneru et que les deux femmes qui y tiennent des seconds rôles sont insupportables : une infirmière sèche comme un coup de trique (et Pablo les préfère quant ils sont administrés par des hommes) et la tante du héros, pas assez folle pour être sympathique mais juste ce qu’il faut pour que l’on ai envie de lui écraser le tronche à coups de talon. Ensuite, il y à l’ambiguïté des plans tournés dans des bars cuirs, lumière glauque, gros plans sur des peaux, sons précis… Ce ne peuvent être des comédiens, ou alors les simulations sont parfaites. Il y a quelque chose de militant dans ce film. Un personnage à la Hervé Guibert, Pablo, séropositif ordinaire, se bat avec les moyens qui sont les siens contre la maladie qui s’installe. Les interrogations sont multiples. Entre autre : à quoi bon prendre de l’AZT ? Le film n’est pas « un peu bancal et poisseux » (Libé 15/04/06) mais furieusement tendance !
Juan Minujin (à qui il manque, à mon goût, un peu de fesse), ne joue pas, il vit l’histoire comme si elle était sienne ; à la manière des sujets de Nan Goldin ou Wolfang Thielmans. Un film minimaliste sans effets spéciaux et autres truquages, vert, cru, pas d’enrobage, ni de suggestions prudes, un plan média très ciblé. Etrange enfin, parce qu’il est border line, à la limite de la bascule dans le mauvais goût, du ratage d’un docu-fiction quant il n’y a pas les moyens. Une fois habitué à ce manque, on entre dans la vie de Pablo et on voudrait qu’elle ne s’arrête jamais. Et il n’y a pas de fin au film ! Pour poursuivre, il suffit d’aller trouver rue Keller un PD, séropo, SM, un peu poète et écrivain, bon comme du pain blanc, courageux et sincère, une homme probable et qui cherche à ce que l’on fasse attention à lui avant qu’il meure. Un ano sin amor rend un très bel hommage à tous ceux qui en sont passé par là.
Le même avec Javier van De Couter, interprétant Martin.