Dimanche 8 janvier 2006 7 08 /01 /2006 22:21

Cela devient lassant d’avoir à répondre à toutes ces questions. « Tu fais quoi dans la vie ? », « Tu aimes quoi ? », « Pourquoi tu dis ça ? »… Et puis, de blog en blog, je réalise que bon nombre de mes congénères se déclinent avec moult références picturales, musicographies, littéraires... (C’est là peut-être un moyen de draguer). Je m’étais amusé à répondre, il y a quelques mois, au questionnaire d’un garçon. Il ne s’agissait pas d’une étude de sociologie mais d’une manière pleine de rigueur de faire un tri sévère avant de tenter la rencontre. Cela n’avait rien donné, évidement ! Etais-je dinde au point d’imaginer que le jeune bougre allait m’appeler dans les 10 minutes qui ont suivi l’envoi de mes réponses ?

Autre moyen de savoir qui suis-je : Google vous apprendra que je suis signataire (et/ou co-rédacteur) de quelques appels : récemment pour rejeter le Traité constitutionnel européen (bien qu’européen), il y a quelques années pour la régularisation des Sans-papiers homosexuels. Avec Google, on découvre que j’ai traversé ATTAC et l’Observatoire de la mondialisation… œuvré pour le développement culturel dans une petite collectivité de Seine-Saint-Denis…

Alors, allons-y pour le profil. D’abord, mes drogues préférées : les livres… Quant j’étais au RMI, la moitié y passait ! Ils s’entassent partout… Aucun classement, des piles, des caisses, autour de mon lit (Mes classiques : H. Michaux, Bourdieu, Genet…) ; la peinture, dans tous les genres et tous les styles. Mes préférés d’en ce moment : Yaze (un jeune qui grimpe, une très belle générosité, quelques toiles sur http://www.toastgallery.com/), Talec (au Frigo – Quai de la gare, allez-y de ma part)…; la photographie : J. Salmon (souvent dans la galerie de Michelle Chomette), W. Tillmans, Liza Nguyen, Man Ray… et surtout Barthélémy Toguo, Malachi Farrel et Kader Attia (à la dernière Biennale de Lyon, il n'a pas fait dans la dentelle ! Voir http://dndf.over-blog.com/article-1301045.html) trois artistes parmi les  plus engagés… En zique, mes goûts sont tout aussi éclectiques qu’en peinture… En boucle en ce moment : Juliette, Pepe Habichuela, un guitariste rare, DJ Spinna… Je suis un touche à tout… Mon philosophe préféré : Epicure et je suis d’une espèce rare : je vis sans télévision et j'adore cuisiner !

Ensuite mes dégoûts absolus : la droite et son extrême, les intégrismes, la bourse, l’hypocrisie et le carriérisme politique, les golden boys… Mon injure préférée d’en ce moment : « Sarkozyste ! » Devant l’Hôtel de Ville de Paris, cette automne, une banderole : « Comment être solidaire ? » J’avais envie de rajouter dessous : « En pendant les patrons par les pieds ! ». Mes tares : j’aime les folles et ne supporte pas les curés, les rabbins et les imams (sauf Jacques Gaillot)… je n’ai pas de permis de conduire, trop de mauvais cholestérol. Mon héroïne d’en ce moment : Samantha (la méga dinde de Sexe in the city). Voilà !

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Dimanche 8 janvier 2006 7 08 /01 /2006 18:53

Petite installation d'angle à Passage d'encres le vendredi 9 décembre 2005

Par Vincent Espagne - Publié dans : Productions
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Samedi 7 janvier 2006 6 07 /01 /2006 14:37

Trouvé ces images dans l'album de voyage de M. Cela pourrait être New-York en 1950. C'est Istambul en 2005 !

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Vendredi 6 janvier 2006 5 06 /01 /2006 15:15

Cher Alain,

Tentative d’explication de « ce qui ne va pas » (voir : http://al1web.over-blog.com/ - La conversation, un art difficile, 4 janvier 2005).

Dans la jungle des sites de drague gay, un pseudonyme : Forever, et un profil : « Entre, ce que je pense, ce que je veux dire, ce je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d’entendre, ce que vous croyez entendre, ce que vous entendez, ce que vous avez envie de comprendre, ce que vous comprenez, il y a dix possibilités que l’on ai des difficultés à communiquer, mais essayons quant même… » J’introduis la conversation :

-  De l’art d’émousser votre intransigeance … serais-je à la hauteur ? Il s’ensuit :

Forever : Que sais-je sur cette verve purpurine et assassine qui est la vôtre, et qui dans mes entrailles fait résonner le cri de ma jeunesse perdue et de mes vieux jours méconnus ! Pourquoi en ce jour si sombre mon intransigeance est mise à l’épreuve alors que tant que mes mannes vermilles se repaissent de jeunesse insouciante ?

Vespa : Tous les jours s’il vous plait, je pourrais vous faire douter ! Dans vos entrailles, encore faudrait-il que j’y pénétrasse… (La perte de la jeunesse se mesure-elle au diamètre du trou ?) Si le jour est sombre, c’est que vous l’avez souhaité. Pour y mettre de la lumière laissez vous aller… Même jeunesse perdue, vous en profiterez encore.

Forever : merde, là, ça devient trop « George Sand » pour moi. (lol) et si non tu t’appelles comment ?

Vespa : … George Sand…  je suis flatté ! A trop en faire, nos épanchements vont tâcher le clavier. Mais c’est agréable de contourner les dix difficultés…. Et tu sais y faire. » Fin de la conversation.

Combien sommes nous a errer dans ces méandres numériques ? Les fenêtres sont impitoyables : pas de gros, pas de velus, pas de folles, pas de maigres, pas de séropositifs… Quarante ans passés et plus rien n’est possible. Il n’y rien à comprendre. Il suffit d’admettre : l’homme est ainsi fait, plein d’exclusives. Je compatis à ta déception. Sont-ce vraiment des « dialogues », que ces échanges où la langue est abîmée, les mots contractés en choses imbitables, ces déclinaisons de mensurations, de fantasmes, de « trips » ? A la question « tu aimes quoi ? », je suis incapable de répondre en quelques lignes tellement la liste est longue. A celle « tu cherches quoi », je répond : « être surpris ! ».  Comme toi, j’en reviens. Et j’observe cet univers suintant la misère affective et sexuelle. Il y a, j’en suis certain, moyen de le contourner et nos blogs respectifs y contribuent. Nos marques bien visibles – mais pas toujours explicites – sont efficaces et je reste convaincu que nous pouvons nourrir des échanges enrichissant. Mais trouver l’autre moitié est une autre affaire. Chimie subtile, les échanges virtuels n’y suffisent pas. D’où ces ruptures brutales que tu déplores, des fins de non-recevoir. Nombreuses, elles finissent en effet par lasser. Jouons à un autre jeu…

Cordialement.

Par Vincent Espagne - Publié dans : Chapô
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Vendredi 6 janvier 2006 5 06 /01 /2006 14:58

Trouvé cette jolie chanson dans le superbe DVD :

Fantaisie héroïque – Juliette au Grand Rex

Universal, Big Eyes Production – http://www.bigeyesprod.com.

Cette grande dame de la chanson aurait voulu rendre hommage à Jean Genet

qu’elle ne s’y serait pas prise autrement.

Les garçons de mon quartier

Ils ont le regard dur dans leurs grands yeux de faon

Une arme à la ceinture et des gestes d’enfant

Ils portent le maillot de leur joueur préféré

Et tatoué sur la peau un Christ ensanglanté

Nuit et jour en maraude, ils vivent de fumée

t de diverses fraudes, les garçons de mon quartier

Et moi, je veux prier, la main dans nos yeux fermés

Impassible sous les fleurs et sous son voile de douleur

Oh, Saint Vierge des tueurs, j’aime à croire que tes pleurs

Sont pour tes fils abandonnés, les garçons de mon quartier

Ils portent le prénom d’acteurs américains

S’il suffisait d’un nom pour changer le destin

Mais Nelson ou Bryan prendront à la sauvette,

Ivres de Marie-jeanne, une balle dans la tête

S’ils disent que demain est un mot inventé

C’est qu’ils n’espèrent rien, les garçons de mon quartier

Et moi, je vais prier, la main aux yeux fermés

Impassible sous les fleurs et sous son voile de douleur

Oh Saint Vierge des tueurs, j’aime à croire que tes pleurs

Sont pour tes fils abandonnés, les garçons de mon quartier

Parmi eux, j’en aime un, un ange de beauté

On dirait un gamin, s’il n’était dévoyé

Trafiquant et sicaire et parfois prostitué

Je ne donne pas cher de sa peau adorée

Alors je serais veuve avant d’être mariée

C’est là la triste épreuve des filles de mon quartier

A quoi bon te prier, belle madone au cœur fer

Impassible sous les fleurs et sous ton voile de douleu

Oh Sainte Vierge des pleurs, combien faut-il qu’il en meure

Pour que tu daignes regarder les garçons de mon quartier

Oh Sainte Vierge des tueurs, verse un peu de douceur

Sur les cadavres jeunes et beaux de los chicos de mi bario

 

 

 

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Mercredi 4 janvier 2006 3 04 /01 /2006 22:22

2006, mauvaise année pour les obèses (Haro sur la graisse, celle qui enrobe un enfant sur six aux Etats-Unis !) et pour les Sans-papiers.

Croisé H. marocain, devant la boulangerie. Lui : « Bonne année ». Moi : « Merci, à toi aussi. Ca va ?... », « … Cela fait cinq ans que je suis en France… » « Tu travailles ? » « Oui ». Dans quelques jours, j’accompagnerai  K, algérien. à la Préfecture. Il est installé ici depuis 12 ans, vit en couple, travaille quant il peut, fils unique, ses parents sont aussi ici, retraités… Je dois voir aussi R. de Centre-Afrique. Son fils, tout juste majeur est français. Sa fille est handicapée (une mine lui a fauchée une jambe). Le père de ses enfants a abandonné le foyer, il y a quelques années. Quels sont les devenirs de H. de K., de R. avec les dispositions que le gouvernement s’apprête à prendre ? Va-t-on diligenter massivement les représentants de l’ordre pour vider les hôtels, les ateliers clandestins, les chantiers, les squats… ? Une chose est sûre, les préfets sont invités à faire du chiffre… La machine à expulsion va tourner à plein régime, l’occupant de la Place Beauvau est en campagne !

 

 

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Mardi 3 janvier 2006 2 03 /01 /2006 13:48
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Mardi 3 janvier 2006 2 03 /01 /2006 13:45
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Dimanche 1 janvier 2006 7 01 /01 /2006 21:45

Vers un deuxième acte ?

Au printemps 1994, nous nous retrouvons rue Sedaine à une quinzaine. Certains ont travaillé longtemps dans ses locaux, d’autres aujourd’hui y militent. Les plus anciens se souviennent des assemblées générales du FHAR dans le préfabriqué de l’Ecole des beaux arts, François montre des photographies des premiers défilés. Sur ses images, on en reconnaît beaucoup. Certains sont morts, d’autres, on n’a aucune nouvelle… Les séances du groupe sont graves. L’appel vient des plus jeunes. Leur génération fait fasse au sida, la précédente avait du rendre visible la différence. L’homosexualité devient un vecteur marchand et c’est par celui là même que se propage le plus facilement le virus. Les homosexuel(e)s s’organisent en une myriade d’associations et un « centre » tente de les fédérer. On dépose des logos, des titres de presse. Radio Fil rose devient FG...

Les startellettes en piste ! En quelques mois de préparation de l’acte 1, (pas grand-chose : une exposition à Paris puis à Amsterdam en juin, une brochure), je réalise combien la tâche peut être difficile. A la question : qui détient les fonds, les épaules se rentrent, les rancoeurs émergent… Avec tout son art, Audrey nous obtient quelques planches que Frank Arnal avait crées en 1979. Le problème, c’est que le projet d’un centre d’archives et de documentations existe dans les têtes depuis quelques années. J’en avais déjà entendu parler dans les anciens locaux du CGL à quelques mètres du Dupleix ! Pendant toutes ces années d’agitation égocentrée (à Pablo, à Jean : n’avez-vous pas le sentiment d’un immense gâchis ?), rien ne s’est fait et rien n’est fait encore, sinon un dossier quelque part dans un bureau du cabinet du maire de Paris. L’institutionnalisation avant l’existence de l’établissement : en voilà une avancée ! Que sont devenues les archives de Guy Hockeinghem, celles de Michel Cressole, celles de Gilles Chatelet ? J’apprends que celles de Gay Pied (ou du moins ce qu’il en reste) sèchent dans des cartons quelque part dans Paris, (propriété d’un organe de presse ?)

Confisquer la mémoire, c’est entretenir la discrimination.

Depuis, c’est sans cesse que des garçons découvrent avec stupeur dans ma bibliothèque « 3 milliards de pervers  - Grande encyclopédie des homosexualités » (1973) et demandent à entendre mon témoignage, un petit bout d’histoire, désir très important puisqu’elle les concerne en premier chef. Et je réalise à chaque fois combien la confiscation de la mémoire est un acte plus qu’inconsidéré ! Ne pas faire vivre la mémoire, la rendre visible, c’est la bafouer. C’est pratiquer une discrimination entre ceux qui savent, ceux qui détiennent et ceux qui doivent savoir. C’est entretenir la suspicion, voire la honte. C’est jouer de la spéculation sur un patrimoine collectif.

Aujourd’hui, combien d’entreprises citoyennes font vivre la mémoire ? CKG – à Lille (http://www.gaykitschcamp.com/) et celle de Hoang à Vitry sur Seine (http://www.archiveshomo.info/), bientôt une à Lyon. Des structures, non pas rivales mais complémentaires avec leur dynamique propre. Tout cela devrait être immédiatement, de manière permanente et directement visible. Il s’agit de témoigner des résistances, des luttes, de faire vivre une culture, ou du moins de tenter la démonstration qu’il en existe une. C’est rendre visibles les immenses influences, les apports intellectuels et sociaux, l’histoire d’une communauté qui n’en est pas vraiment une.

Mais quelle importance à vouloir faire vivre la mémoire, dès lors que D. (25 ans), revendique le droit à l’indifférence et qu’il réfute la folle attitude qui, pourtant, le caractérise ? Je ne peux m’empêcher de lui rappeler ce que les acquis qui sont les siens aujourd’hui le sont parce qu’avant lui, des folles se sont battue pour les obtenir. Il n’était question ni de droit à la différence ou à l’indifférence, mais de celui à l’existence. Puis, en quelques années, le sida a transformé nos organisations naissantes. Que sont devenus les mémoires de nos pairs, de nos amants disparus ? Certes, « Les homosexuel(e)s se reproduisent de bouche à oreille » (Place Saint Ravy, Montpellier, 1980)… En 2005, on pend les homosexuels à quelques heures d’avion d’ici… En ces temps de retour de l’ordre moral, le texte/manifeste de Gilles Chatelet « La République des chiennes ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas » (voir ci-joint) est toujours de vigueur. Pour résister, faire vivre la mémoire. Vers un deuxième acte ?

Par Vincent Espagne - Publié dans : Humeurs
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Dimanche 1 janvier 2006 7 01 /01 /2006 21:36

... ne soit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas

Gilles Chatelet in « Résister – Vivre la mémoire » Paris 1974

Que veulent donc les Chiennes, se demande l’opinion, toujours un peu débonnaire, toujours un peu agacée. Ah ! oui !... Elles veulent exister… Elles veulent transmettre quelque chose… Elles veulent se confectionner leur petite Shoah…

Rassurons tout de suite les dames sondeuses de l’INSEE et les certifiés répéteurs en sociologie : les Chiennes n’ont rien à transmettre de père en fils et ne prétendent pas réclamer de « traditions culturelles ancestrales » comme de vulgaire chasseurs de palombes. La République des Chiennes n’est ni une entité biologique, ni une nation de pathologies psychologiques (une association d’enfants de parents divorcés) ou de bizarreries génériques ou physico-chimiques (si certains d’entre nous apprécient la chimie, c’est pour jongler avec nos perceptions…)

Serions-nous une tranche d’âge ? Serions-nous des 18-25 ans, des 25-49 ans ? Encore moins ! Le regard et la tronche de Jean Genet ou William Burroughs – nés dans les années 20 – feraient pâlir d’envie beaucoup de grands dadais de la génération Yoplait.

Céline disait très bien que « le cul est la revanche du pauvre ».  C’est aussi la botte secrète de la République des Chiennes contre la tyrannie du juridico-statistique. Bien sûr, il faut des Etats de droits, des C.U.C., et rendre à Badinter ce qui à Badinter, mais il faut aussi rendre à la Folle Tordue ce qui est à la Folle Tordue. Car la Folle Tourdue est et sera toujours plus politique que toutes les papesses de la communication. Avec quelques frous-frous, la Folle Tordue peut incendier une salle ou une génération.

La vérité du politique, c’est la capacité à casser les briques de la routine, à faire entendre une nouvelle harmonique. La vraie politique a montré le nez lorsque la Folle Tordue, toujours souillée, méprisée, raillée est partie à la conquête du monde pour annoncer la Bonne Nouvelle : « Ce que Kenneth Anger a osé à San-Diego, ce que Genet a osé à Hambourg, des dizaines de millions de Chiennes peuvent le faire aussi. Le temps est venu de la résurrection des corps ».

Une poignée de Folles Tordues avaient réussi un miracle : donner du swing à la Classe Moyenne Mondiale, et transformer son troupeau de brebis - pucelles et de louveteaux - puceaux en joyeux barbares, en agiles soldats du plaisir.

Que reste-t-il des Chiennes, des crétin - politiciens cyniques et grassouillets du début des années 70 ? Bien peu de choses… mais beaucoup se souviennent de nos Folles Tordues locales, de nos Gazolines, de ces Chiennes élégantes et libres, qui savaient, avant tout le monde, qu’une petite lingerie sur une croupe de beau gars peut changer le monde comme le nez de Cléopâtre.

Nous, les Chiennes, ne sommes pas nostalgiques. Nous marchons la tête haute, avec les puissances de l’Eveil. La Moyenne nous haït souvent et c’est notre honneur : nous n’existons pas en tremblant de ne pas ressembler aux autres. Nous sommes les vrais écologistes : nous ne prenons pas notre plaisir à proliférer comme des lapins, notre sexualité échappe à toute fonction – ce qui désespère souvent les curés, les rabbins, les pasteurs ou les natalistes. Nous ne sommes pas un troupeau agenouillé pour croire. Nous ne sommes ni de la chair à canon pour militaires ; ni de la chair à bon choix pour les politiciens.

Nous ne sommes pas une espèce sexuelle particulière. Nous sommes carboniques et métalliques (comme l’acier, implacable et fragile… copulation du fer et du diamant). Personne ne nous fera choir dans les manuels de sociologie. Nous ne sommes pas homosociaux, nous sommes les vrais païens : nous propageons nos descentes de reins, nos crinières, nos gestes amicaux. Nous aimons les aigles et les lions, mais nous savons pleurer l’âne qui meurt sous les coups.

Nous hantons les Raves, les parties fines et les bals du 14 juillet. Nous aimons les gueules populaires et les silhouettes aristocratiques. Nos slogans tam-tament le monde parce qu’ils y vont de notre peau, de nos regards, de nos hanches et de nos clins d’œil. Nous sommes la multitude des bouches à oreille, nous savons mettre la politique à portée de voix ou d’amour. Nous ensorcelons l’Universel dans le Singulier, la Grande Dimension dans la Petite. Nous haïssons la Moyenne populacière qui applaudit lorsque Cinq-Mars est décapité, celle qui aime voir empaler ceux qui risquent ce qu’elle n’osera jamais.

Depuis quinze ans, la Moyenne ricane : « Fini de rire les Chiennes ! Voici venu le Temps du Repentir. Sortez vos fouets ! Mais cette fois, c’est pour de vrai ! C’est pour faire pénitence… » Elle accompagne l’abject Carnaval de la Misère, de la Misère et de la Loi du Grand Marché Mondial.

Mais les Chiennes ont du cran. Elles ressortent toujours des poubelles de l’Histoire qui regorgent de leurs génies et de leurs martyrs. Salut à toi Oscar Wilde ! Salut à toi Alan Turing, qui a brisé les cordes de la machine nazie ! Salut à vous Michel Foucault, Copi, Guy Hocquenghem qui ont désobéi aux tumeurs, aux sarcomes, aux bacilles en écrivant jusqu’au bout !

La Mémoire des Chiennes ne reste jamais coincée dans les tombeaux. Elle aime prendre feu. C’est une braise agile qui peut embraser la plaine lorsque les blonds épis sont mûrs. La République des Chiennes ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Par Vincent Espagne - Publié dans : Humeurs
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