Station Alexandre ?
Installé à Marseille depuis deux semaines ! Changement de vie, de rythme, nouvelles relations… Nouvelle étape dans un parcours professionnel chaotique mais riche ! Station Alexandre, un site magnifique. Eiffel y dépose une gare. On y décharge des olives, on y charge de l’huile et du savon pendant des décennies. Le lieu, promis un temps à la démolition, devenu friche renaît aujourd’hui… Avec un projet généreux mais difficile à mettre en œuvre. C’est à Marseille, ville aux us uniques, décalés, ville presque en dehors des réalités du Monde et pourtant ville / sample. Ville anarchique, foisonnante, mais engoncée dans sa torpeur… Le temps y a une autre échelle, la parole une autre valeur… Je vais devoir m’adapter !
Longue absence dans ces pages… Aurais-je remis en question de bien-fondé de cette pratique qui consiste à l’étaler sur la toile ses états d’âme ? Non, avec son aspect ersatz , concentré de basses définitions et de fautes d’orthographe, le blog a une vertu, celle d’entretenir le lien avec le Monde, autrement qu’en croisant les humains dans leur réalité d’odeurs, de voix, d’épaisseurs, de déplacement trop rapides, enfermés qu’ils sont dans leur caisses à roues, suintant leurs humeurs sans s’excuser… Le blog, une autre existence, intime et diffuse à la fois, l’homéopathie des relations sociales !
Géraldine me rappelle à toi, Oh blog ! Promis, je ne t'abandonne pas !
Il est temps que j'alimente ces pages ! Vu que je suis dans les cartons pour emménager à Marseille et vu l'ambiance dans les réseaux, je n'ai pas trop de temps. Des images sont en chantiers, des bouts de textes épars... Une grosse réflexion sur ce que je vais faire là bas. Grosso modo tous les 5 ans je change de job. De la Seine Saint Denis à Marseille, je ne devrais pas être totalement perdu ! Je trouve peut-être dans ce qui m'est proposé de quoi satisfaire un vieux rêve : la direction artistique d'un lieu. Marseille, Terra (presque) incognita pour moi, tu viens de me capter ! Je crois que je vais aimer cette ville !
Un lien pour mon copain Damien, histoire qu'il se détende un peu !
http://twentysomething.free.fr/index.php/chap1/
Mais soyons sérieux un peu ! Le problème, il est là !
Les témoignages de jeunes homosexuel(s) et de leurs aînés, ceux qui les soutiennent, sont en effet de plus en plus nombreux et révèlent un nouveau drame sociétal auquel les animateurs d’associations ne sont pas encore ou assez sensibles. A l’heure d’une gay-pride durant laquelle on exige de manière très générique l’égalité des droits (et en particulier le mariage, le droit d’adoption), on devrait en même temps se préoccuper des droits fondamentaux dont ne jouissent pas les jeunes homosexuels : logement, santé, formation, ressources… Ceux là font l’objet de discriminations croisées. Jeunes d’abord, aucun dispositif institutionnel efficace n’existe quant il se trouve dans la spirale de la précarisation. Homosexuel ensuite, beaucoup d’entre eux subissent une homophobie parentale féroce et celle de milieux franchement ou modérément hostiles (trop souvent des groupes d’adolescents et de jeunes adultes). L’ignorance affectée ou la compassion d’adultes sensibles mais peu enclins à l’engagement (quelques enseignants, travailleurs sociaux, un oncle, un voisin…) renforcent la prégnance d’un sentiment d’abandon. Si le jeune homosexuel intègre la visibilité de sa nature, l’exige de manière identitaire et que son parcours de vie n’a pas été favorable à son épanouissement et à son insertion sociale, c’est un énorme courage qu’il lui faut pour affronter les institutions auquel il s’adresse pour que ses droits fondamentaux lui soient garantis.
Le premier réflexe quant on ne sent pas en sécurité est celui du refuge communautaire. Le jeune cherche alors des repères, des personnes de confiance. Deux champs s’offrent à lui : celui du secteur marchand et de loisirs, celui du multimédia. Dans les deux cas, la convivialité renforce le sentiment d’appartenance communautaire. Dans le champ de business, le manque de ressource prive le jeune de capacité d’initiatives. Dans celui de l’Internet, la facilité d’accès rend l’usage du média totalement compulsif et en rajoute dans la confusion, pour des raisons que nous verrons tout à l’heure.
Qu'en est-il de l’intégrité morale des personnes concernées ? D’abord, au moment ou la fierté homosexuelle semble une banalité, il n’y en a aucune pour n’importe qui est en situation de précarité. Naturellement, et c’est une pudeur légitime, le jeune ne révèlera pas du premier coup que sa vie est une catastrophe. Ensuite, parce que toute relation entre celui-ci et un adulte, homosexuel comme lui, est perçu très majoritairement comme suspicieuse avec la prétention que le jeune devient sujet de manipulation ; ce qui peut être avérée mais qui de fait découle d’une marchandisation de la jeunesse homosexuelle. Enfin, parce que la précarisation, dans la période où, sensément, on fait des choix de vie, affecte profondément l’équilibre moral.
Internet apparaît comme un refuge : c’est le lieu ou le lien social est maintenu en permanence, Mais c’est aussi celui où la diversité et le nombre laissent croire que le possible relationnel est démultiplié. Avec un coût d’accès quasi nul, la rapidité des échanges permet d’imaginer très vite des scénarii. Et que pour qu’une tentative devienne une réalité, la confiance doit d’installer et donc les conversations longuement entretenues. Dans ce refuge et avec toutes ces facilités apparentes, le comportement ne peut être que compulsif. A ce stade, un autre facteur rentre en ligne de compte : celui de la tricherie et de l’hypocrisie. Les non-dits sont multiples, chez les jeunes mais également chez les adultes. Au choix, soit la confiance s’en trouve altérée dès sa construction ; soit la tentative de réalité se solde par un échec cuisant !
La pratique photographique dans le milieu gay mérite que l'on s'y attarde ; à traiter du point de vie anthropologique, avec des éclairages sociologique et psychanalystique et du point de vue du critique d'art. Les deux sujets sont à entendre : celui, photographié et l'auteur des images. On peut penser que cette relation existe pour le suhet aussi parce qu'elle conforte le sentiment d'intégration - l'image de soi propagée, et que pour les auteurs, dans la mesure où ils sont de plus en plus nombreux, elle révèle une dépression affective et une misère sexuelle grandissante.
Au bout du compte, le système facilite la voie de la prostitution même occasionnelle et renforce la suspicion d’une génération à l’égard des plus anciennes. Ce qui est étonnant, c’est le peu de visibilité de la plus jeune. Entre les lignes des lettres de 18/22 ans de Têtu, on pressent souvent une grande détresse. En quelques mois, dans mes rencontres, celles avec des jeunes homosexuels en très grande difficulté se sont multipliées. Au top des révélations, celles de jeunes africains, qui de là où ils sont, à travers des sites de rencontre, tentent une histoire « d’amour » !
Enfin, un autre éclairage est à porter sur ce qui n’est pas un phénomène, mais une tendance en exponentielle. On assiste à une mobilisation constante mais ronronnante contre le sida et pour les droits des malades, dans le même temps peu de jeunes homosexuelles connaissent le fait que ce sont leurs « sœurs aînées » qui les premières se sont mobilisées pour la prévention. Ce à quoi l’assiste également, c’est la recrudescence des comportements à risque et, mieux, ce dernier revendiqué par une minorité bruyante comme une liberté d’agir, tout en étant largement visible sur les sites pornographiques. Comment interpréter le peu d’engagement pour contrer une catastrophe sanitaire ? Comme l’aveu d’un échec chronique dans les campagnes de prévention ? Celui de la culpabilité ? De l’imprégnation sournoise de « n’ayant pas d’enfants… après moi le déluge ? » ? Et pour en revenir à la jeune génération homosexuelle, est-ce pour elle un repère stable que de constater que le groupe auquel ses membres cherchent à se rattacher vit une sorte de suicide collectif, permanent et inconscient ?
C’est en cela que la présence des deux principales formations politiques, dont une cette année de manière outrancière, est indécente. La gay-pride n’a pas plus le sens d’une mobilisation sociale (Ou alors, elle n’est plus l’anniversaire de Stone Wall !). Si ces jeunes homosexuel(e)s sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à vivre l’exclusion sociale, la dépression, c’est bien parce qu’en vingt ans, aucun dispositif n’a permis de renverser la tendance des processus d’exclusions, que la jeunesse est beaucoup plus désespérée qu’il y a dix ou vingt ans. Et je finirais par penser que le PACS, une évidence à première abord et s’il s’améliore ou se décline en mariage, n’est qu’un gadget de politique politicienne, avec une mobilisation fallacieuse : des droits pour un groupe de citoyens, non pas en marge mais au devenir plus qu’incertain pour les plus jeunes. Il y urgence à recadrer les motifs de mobilisation de la communauté, qui à mes yeux n’en est pas une puisqu’elle est incapable (à de très rares exceptions individuelles ou de quelques associations) de pérenniser et de rendre effectif un fondamental : le principe de solidarité.
Trouvé sur un site de rencontres gay, l’annonce de Buzz, jeune marseillais : « J’ai décidé de changer cette annonce même si pas beaucoup de personnes la liront parce que ma vision de la vie en ce jour a changé. J’ai toujours pensé au mauvais côté des choses et j’ai toujours été triste par simple, pure et bête peur de souffrir alors que les plus belles choses arrivent lorsque l’on a en nous la force d’affronter cette peur. Je ne tiens ici aucune leçon ; il m’a fallu du temps pour réaliser que le bonheur était à portée de main et qu’il suffisait de tendre le bras pour le saisir. Les gars, je vous demande… » Je demande à l’auteur de finir sa phrase. Il me répond par un « Je veux tout » !
Il me prend donc l’envie d’endosser la robe que Macha Béranger m’a prêtée et d’écrire à Buzz.
Mon cher Buzz, serait-ce une tendance dans ta génération que de commencer sa vie d’adulte par un coup de déprime, en excitant la fibre masochiste qui ne demande qu’à jouer son rôle ? De quelle souffrance s’agit-il ? Celle du coup de bambou quant l’amant espéré t’éconduit ? Celle du deuil, passage obligé après une rupture ? Celle provoquée par le rejet des proches et par la contrainte d’avoir à vivre deux vies ? Celle d’être impuissant face à la connerie et la méchanceté ? Ou tout simplement, la timidité et la pudeur ? A ce compte, la souffrance est un lot commun. « Chacun sa croix » le plus hypocrite des proverbes ! Je m’insurge. Nos vies pourraient être autrement, si ce « tout » que tu désires comprend en premiers chefs, l’attention et le respect. Et de toi à moi, dans ce monde de brutes (les tapioles n’y échappant pas), ce ne sont pas les valeurs les plus courantes !
Si je comprends bien, tu décides d’affronter la peur - Buzz, tel Saint Michel affrontant la bête ! J’ai toujours pensé qu’une peur, cela se surmonte. Tendre le bras vers autrui, c’est comme plonger sans connaître la température de l’eau. On en crève d’envie. L’adrénaline fait son travail. N’aurais tu en fait pas peur de cela ? De l’autre avec son « tout », ses qualités, ses défauts, ses exigences, son passé ? N’aurais-tu pas peur de la confrontation de ton « tout » au sien ? Une histoire, cela se construit en concordances, avec des consensus et des concessions. C’est un remodelage des personnalités parce qu’elles influent l’une sur l’autre, parce l’harmonie s’échafaude avec des remises en question de chacun. C’est en effet une peur que celle d’affronter ses convictions, d’aménager ses exigences.
Le bonheur est un droit. Personne ne devrait à avoir à tendre le bras pour en jouir. Qu’est-ce que cette espèce capable de confisquer un tel droit ? Comment démanteler cette mécanique infernale qui produit de l’exclusion, de l’isolement ? Pourquoi l’égoïsme, la compétition, érigés en modèle ? Vois tu, mon cher Buzz de Marseille, avec toi, je suis prêt à… tout ! A me compromettre en philosophe à la petite semaine, en folle naïve, en donneur de leçon à deux balles, en grand frère débile, en vieux chnock en manque et qui se la pète…, en n’importe quoi ! Parce que ton annonce m’a inspiré de la tendresse ; un truc qui ne me fait pas peur ; j’en connais bien la température et la manière de la faire varier ! La tendresse, cela se partage de mille manières et la rédaction de ces lignes en est une.
Quelques jours avant la gay-pride, j’ai cet échange avec Sachaa sur un site de « rencontres ».
(…) Moi :J'ai une nouvelle lecture de ton "please disturb" ... Personne énigmatique... une poésie discrète, de la pudeur ? Que faut-il forcer pour en savoir plus ? Dans la toile, la position est aisée... avec des mots, on peut arriver à se lécher les neurones
Lui : c’est joli, mes neurones vont bien et j étais sérieux je ne cherche rien, je viens ici juste pour papoter avec un monsieur que j’aime beaucoup amicalement qui habite loin et juste ça, aucune toile de ma part, une pudeur oui certes, mais je ne suis pas du genre à forcer ni me forcer.
Moi : Voilà qui va beaucoup mieux en le disant ! Les amitiés sur la toile sont des nouveaux objets étranges... Seuls les mots comptent... Ton logo est une jolie provocation et tu reconnais maintenant faire tout en douceur. Toi, sur la toile, portant un paradoxe ! Comment veux-tu que ne soit pas sous le charme !?! Jeune homme, votre virtuel me plait !
Lui : lol joli monsieur le poète vraiment joli ;)
Moi : je ne suis pas poète, je pourrais te le faire en couleur... Les mots et les couleurs, voilà les matériaux que je préfère... Peut importe le médium - la forme - attache toi au sens ! Sachaa - AKQ753 - un mystère... mais pas un inconnu ! (Plus tard) A quoi bon vivre sans passion pour ce que l'on entreprend ! Le sérieux à petite dose... l'imagination est fructuante dans le chaos. Nos désirs sont désordre. C'était un mot d'ordre de gay-pride, il y a 10 ans ! A décliner à l'envie.
Aujourd’hui, la parade annuelle des gallinacés. Deux chars font les fiers à bras : Pink TV et… l’UMP ! FG n’y est pas et Act Up a réduit le format de son titre. En tête du cortège, la gauche caviar et œuf de lumps… Les deux objets les plus distribués : des sifflets et des capotes. Les chars des commerciaux n’y sont plus. Voilà un signe tangible du déclin du business communautaire. Des femmes sur les trottoirs ne s’adressent qu’aux autres femmes… Des trans-pédé-gouines libertaires distribuent un truc bizarre, vaguement signé Dep93 et ils/elles jouent du rock bien gras. Leur flyer "punks-pédés-précaires des « tapettes radicales" est un chef d'oeuvre ! J'ai croisé Georges qui me propose d'organiser l'an prochain à Montpellier le 30 anniversaire du GLH ! A l'époque H. Talvat dirigeait la LCR et nous tirions nos tracts à la Librairie La Brèche, rue de l'université. Aujour’d’hui, il est socialiste, maire-adjoint et les panthères roses sont de plus en plus nombreuses (http://www.pantheresroses.org/). Voir aussi : http://www.geocities.com/androzine/ En quelques années une mutation s’est opérée avec dans pas mal de tête une énorme culpabilité : celle du bareback ! Les boites de cul, de e-business font leur beurre mais se gardent bien d’être visibles. La gay-pride, c’est affligeant ou pathétique, je n’en sais rien !
Je sors toujours de ces moments de cafard (de moins en moins nombreux – le temps fait son travail, l’habitude de la solitude reprend le dessus !) en pensant à l’épanouissement de L. Il n’est pas, comme il l’a si souvent dit, seul responsable de ce qui s’est passé. Les torts sont partagés ! Avec le recul, j’assume ma part de responsabilité. J’étais aveuglé par le côté inespéré, magique de notre relation naissante. Mais je rejette complètement, comme lui, la grande différence d’âge comme simple raison. La visibilité de notre relation a du être un facteur déterminant pour son l’échec, telle que je me l’étais imaginée. Cela a du agir de manière inconsciente, et même si nous l’assumions, et on doit admettre que cela a contribuer au refus L. de plus s’engager. C’est une explication acceptable : derrière sa réplique « je ne le sens pas », il y a un modèle auquel je ne correspond pas. Mais j’ai cru en sa capacité, qui est mienne, de rejeter les modèles. J’ai toujours pensé qu’une relation est durable, si justement elle renverse les clichés pour innover constamment, multiplier les combinaisons, jouer de la surprise… Je reste convaincu qu’il est dans cette dynamique (sa détermination un devenir qu’il a choisi en est une preuve) ; et, du coup, je serais très admiratif, respectueux et attaché à celui qui réussira avec L. ce que nous avons tenté ensemble. Lui seul échappera à ma jalousie secrète.
L. aux tétons bleus (d'après une photo de LucOlivier)
De tout cela, nous en sortons un peu plus grandis. De mon côté, j’ai tenté cette conjugaison difficile entre l’amant et le Pygmalion, un équilibre fragile et difficile en moi : concilier le pouvoir de l’initiation et le désir de soumission ; pour constater aujourd’hui qu’il me faut trouver comme partenaire une perle très rare ! Reste cette question à laquelle personne n’a de réponse alors que des kilotonnes de pages ont été écrites. De quoi est faite cette alchimie de l’amour ? L. De quoi sont fait nos philtres ? Des scientifiques pourraient nous faire la démonstration de phéromones qui ne concordent pas ! L. a usé de ce mot si facile : le felling.
Comme William Burroughs, je nourris le fantasme de la culture en injection intraveineuse. Cette idée doit le répugner ! Mais si c’était possible, je le forcerais à accepter l’aiguille ! It’s a joke !
Mon amant impossible devient mon bel-ami. Et, je ne joue pas d’un curseur qui irait d’une « amitié forte » à… quoi d’ailleurs ? Entre PD, nous fonctionnons comme une sorte de fratrie, chacun tente à sa manière de constituer des liens alternatifs à ceux rompus (ou tronqués) avec leur famille. Et pour revenir à ces molécules subtiles de l’attirance, ces véhicules de l’échange, si certaines des siennes ne collent pas aux miennes, beaucoup d’entre elles ont un possible devenir une fois assemblées ! Nous resterons mutuellement des ressources, et j’abonde dans celles qui lui ont tant manquée dans durant son enfance et son adolescence, celle des choses de l’esprit, de l’esthétique, des concepts…, essentielle à l’épanouissement et à la révélation de son talent. Je ne prétend pas être le seul à jouer ce rôle, mais il sait désormais que c’est chose rare dans ce monde de brutes et de tapioles décérébrées. Quant on en trouve une, il faut l’entretenir (la source, pas la tapiole… quoique !).
Je viens de lire le très beau livre de Bruce Benderson : « The Romanian » (en français d’après le traducteur « Autobiographie érotique » - sic.- 2004 Payot et Rivages). Ce texte venait à point pour mieux comprendre ce qui s’est passé entre nous. Certes L. ne ressemble pas du tout à Romulus et le contexte est différent. Mais j’ai trouvé, dans la relation de ce dernier avec Bruce, beaucoup de points communs à la nôtre. L’auteur trouve quelques bonnes raisons à l’échec de la leur. Je les partage. Romulus, épicurien, n’arrive pas à ce faire à l’idée que le frère et l’amant peuvent, dans la relation homosexuelle, se mélanger. Et l’auteur de culpabiliser sur le fait que les homosexuel(le)s peuvent assumer par procuration le fantasme universel de l’inceste. Notre système d’attirance/répulsion est pétri de morale et, à bien des égards, ce n’est pas très productif et novateur ! La plupart d’entre nous reproduisons, dans la construction de nos couples, ce qu’il a de pire, en banalités, clichés et poncifs… dans le couple hétérosexuel. J’ai espéré qu’avec L. j’allais rompre définitivement avec ce schéma. Il ne m’a pas suivi et a préféré en rester « là ». Je n’en mourrais pas – ce n’est après tout qu’une nième tentative et L. a la vie devant lui ! En fait, ce fut un vrai moment de bonheur que d’avoir goûter à ses saveurs multiples. Il sait aussi que je serais définitivement jaloux (sans conséquence, je l’ai rassuré !) de tout ceux qui y auront droit ! Et que je suis particulièrement « accros » à celles de son intelligence, de son imagination, de sa générosité, de sa tendresse. Comme Romulus,, l’amant impossible devient le bel-ami dans une relation vraiment durable, le vrai-faux-petit-frère jouit d’un privilège, celui de soumettre son Pygmalion à ses caprices. Et Bruce, pour satisfaire son désir de soumission, pourrait y céder à nouveau. Sans tirer aucun plan sur une comète, sans aucune arrière-pensée, je reste entièrement à la disposition de L. et attends que qu’il me surprenne !
Et si un jour, il lui prend à de connaître qui est le Bel-ami (Colette n’est, hélas, pas dans les programmes scolaires ordinaires !), il s’apercevra qu’il ne ressemble pas non plus à l’amant infernal de l’écrivaine. Mais, j’ai, pour l’instant, pas d’autre adjectif pour qualifier notre relation qui restera, quoiqu’il arrive, belle.
Vu hier un objet cinématographique étrange : Un ano sin amor. Etrange à plus d’un titre. D’abord, c’est un film de mecs réalisé par une femme, Anahi Berneru et que les deux femmes qui y tiennent des seconds rôles sont insupportables : une infirmière sèche comme un coup de trique (et Pablo les préfère quant ils sont administrés par des hommes) et la tante du héros, pas assez folle pour être sympathique mais juste ce qu’il faut pour que l’on ai envie de lui écraser le tronche à coups de talon. Ensuite, il y à l’ambiguïté des plans tournés dans des bars cuirs, lumière glauque, gros plans sur des peaux, sons précis… Ce ne peuvent être des comédiens, ou alors les simulations sont parfaites. Il y a quelque chose de militant dans ce film. Un personnage à la Hervé Guibert, Pablo, séropositif ordinaire, se bat avec les moyens qui sont les siens contre la maladie qui s’installe. Les interrogations sont multiples. Entre autre : à quoi bon prendre de l’AZT ? Le film n’est pas « un peu bancal et poisseux » (Libé 15/04/06) mais furieusement tendance !
Juan Minujin (à qui il manque, à mon goût, un peu de fesse), ne joue pas, il vit l’histoire comme si elle était sienne ; à la manière des sujets de Nan Goldin ou Wolfang Thielmans. Un film minimaliste sans effets spéciaux et autres truquages, vert, cru, pas d’enrobage, ni de suggestions prudes, un plan média très ciblé. Etrange enfin, parce qu’il est border line, à la limite de la bascule dans le mauvais goût, du ratage d’un docu-fiction quant il n’y a pas les moyens. Une fois habitué à ce manque, on entre dans la vie de Pablo et on voudrait qu’elle ne s’arrête jamais. Et il n’y a pas de fin au film ! Pour poursuivre, il suffit d’aller trouver rue Keller un PD, séropo, SM, un peu poète et écrivain, bon comme du pain blanc, courageux et sincère, une homme probable et qui cherche à ce que l’on fasse attention à lui avant qu’il meure. Un ano sin amor rend un très bel hommage à tous ceux qui en sont passé par là.
Le même avec Javier van De Couter, interprétant Martin.
… quatre mois de mobilisation et de crise politique locale. Avec l’agréable surprise d’une nouvelle génération entière dans la rue : une vraie relève ! Vivement 2007 ! Localement, c’est toujours aussi compliqué. De la politique comme on la déteste avec dans les rôles principaux un couple : la maire et son « jules », maire-adjoint, un vizir qui porte bien son nom ; des gens pour qui « faire de la politique autrement » consiste à réunir une petite coterie d’aficionados pour jouer aux urbanistes. Cela donne des actions à l’emporte pièce, sans aucune cohérence, un énorme gâchis, une vision à court terme, juste celle d’un ou deux mandats supplémentaires… une politique qui n’a de gauche que nom ; celle de stalinistes quinquagénaires reformatés au social-libéralisme… Mais, je ne vais régler ici mes comptes avec les potentats locaux ! Merci Raffarin, nous avons justement besoin de quelques mois supplémentaire pour préparer l’alternative. Vivement 2008 !
Bientôt quatre mois que je ne m’étais pas épanché dans mon blog. A cela une raison très simple. L. est définitivement rentré dans ma vie. A sa manière et pas du tout comme je le voulais ! Mais c’est chose faite, j’ai l’ai rajouté à ma fratrie. Quant il est arrivé à la maison fin janvier, rien n’a été simple. Un garçon brut du décoffrage institutionnel, gauche à plein d’égard, avec l’envie furieuse de vivre une vraie vie ; un archétype de rupture, celle d’avec sa famille, d’avec l’institution, tenté par le refuge communautariste. Ce qui m’a surpris chez lui, c’est la graine de talent. Il parait que tout le monde en a une, mais L. tient particulièrement à que la sienne germe. Me voilà partageant le quotidien avec un garçon, cinéphile et attaché l’exercice de l’écriture. J’apprécie particulièrement ces longs moments de lecture et de correction que nous partageons. L’intimité a alors une saveur très particulière, celle de l’ascendance. Quant je rencontrais L. l’automne dernier, les blessures étaient béantes et suintantes du manque de tendresse et d’attention. Il était à la recherche d’une alternative à l’autorité (il l’est encore), de quelque chose (quelqu’un) qui le ressource. J’étais disponible et disposé… et étais entièrement à lui !. Je me suis lâché à donf ! Un nouvel (et très jeune) amant impossible. Il en a décidé ainsi. Je reprends la blog-édition en partie pour lui. Cette reprise, c’est pour faire l’aveu d’un couple impossible parce que trop extraordinaire, ne correspondant en rien aux aspirations les plus basiques, ni les siennes, ni les miennes… En fait, son désir n’existait pas. C’était une très grande audace de sa part que de tenter de vivre le contraire ; et une folie de la mienne que d’insister !